ELIAS EL DAIF Dalberg Advisors

Introduction

Le Dr Abdoulaye Bousso est un médecin spécialisé en chirurgie orthopédique et traumatologique et un spécialiste de la gestion des catastrophes et urgences sanitaires. Il est le directeur du Centre des Opérations d’Urgence Sanitaire (COUS) au Sénégal et également un expert du Règlement Sanitaire International et du développement des Centres d’Opérations d’Urgence Sanitaire pour le compte de l’OMS. En tant que membre de Médecins Sans Frontières, le Dr. Bousso a travaillé comme chirurgien dans différents théâtres d’opérations au Nigeria, en Côte d’Ivoire et en Haïti, en plus d’occuper des postes de direction au Sénégal en tant que Conseiller technique auprès du Ministre de la Santé, Vice-président du Conseil médical sénégalais et secrétaire général du Syndicat des médecins sénégalais.

Les équipes de Dalberg travaillent aux côtés du Dr Bousso depuis 2015, et ont soutenu la conception du premier plan stratégique qui a contribué à la création du Centre des Opérations d’Urgence Sanitaire (COUS) du Sénégal financé par la Fondation Bill et Melinda Gates. Depuis, les équipes de Dalberg ont collaboré avec le Dr Bousso et la Fondation Rockefeller sur le projet de renforcement de capacités des COUS en Afrique de l’Ouest. Ces deux partenariats se sont appuyés sur le leadership et l’expérience de Dr Bousso tant au niveau national que régional.

Dans cette entrevue, Elias El Daif, Associé Adjoint chez Dalberg, discute avec le Dr Bousso de son travail au sein du Centre des Opérations d’Urgence Sanitaire du Sénégal et des leçons qu’il tire de la pandémie de COVID-19.

Pouvez-vous nous parler de la mission du Centre d’Opération d’Urgence Sanitaire (COUS) et de votre rôle au sein du centre ?

Je dirige le centre des opérations d’urgence depuis sa création le 1er décembre 2014, nous sommes une équipe de 20 personnes. Je suis responsable de la bonne marche administrative et financière du COUS.
Le COUS est au cœur de la gestion des urgences sanitaires. Nous intervenons sur toutes les phases de l’urgence sanitaire. Nos missions sont très vastes. Beaucoup ne voient notre présence et notre travail qu’au moment de la survenance d’une crise, mais il faut savoir que nous intervenons surtout avant la crise.

La phase de préparation est en effet l’une des phases les plus importantes et critiques. Dans nos pays c’est une phase qui n’est pas souvent développée. Lors de la phase de préparation on travaille sur l’identification des risques et des ressources disponibles, on élabore des procédures d’urgence, on forme le personnel, on organise des exercices de simulation.

Nous devons absolument changer de paradigme. Souvent dans nos pays on attend que la crise advienne avant de réagir or on ne doit pas attendre que l’urgence sanitaire arrive pour y répondre.

Comment avez-vous pris en charge la Covid-19 au Sénégal ?

Le centre a été activé par le ministère de la Santé dès le premier cas le 02 mars 2020. Nous avons tout de suite mis en place le système de gestion des urgences sanitaires. C’est un système modulaire et multi disciplinaire qui permet de gérer la bonne collaboration et coordination entre les différents acteurs qui répondent à l’urgence sanitaire (ministères et institutions nationales et internationales).

Bien avant la crise nous avions déjà pu former différents acteurs aussi bien au niveau du ministère de la Santé qu’au niveau d’autres organisations, leur bonne maîtrise du système de gestion des incidents a été un véritable atout et la communication fluidifiée.

Ce qui a surtout beaucoup aidé dans la gestion de cette crise c’est la communication.

Nous avions déjà à disposition une salle des opérations, un quartier général où se réunir, un ensemble de base de données hébergées au centre et un système de cartographie ce qui a facilité non seulement le suivi de l’évolution de la pandémie mais aussi la gestion de nos moyens matériels et humains.

Nous avions également déjà en place un service logistique performant qui a pu livrer rapidement l’ensemble des équipements de protection individuelle qui ont été utilisés au début de cette crise. Ce qui a surtout beaucoup aidé dans la gestion de cette crise c’est la communication. Elle a permis d’atteindre la population qui s’est très vite auto isolée, a adopté les masques ainsi que les gestes barrières. Nous avons su utiliser les choses précédemment apprises dans le cadre de la lutte contre la tuberculose multirésistante.

Y-a-t-il une collaboration régionale pour répondre à la crise de la Covid-19 ?

Pour cette crise qu’il n’y a pas eu de véritable collaboration. Il est vrai que l’Organisation Ouest-Africaine de la Santé a soutenu les pays et essayé de mettre en place une plateforme d’échange hebdomadaire, mais les pays ne se parlent pas réellement. Il y a tout de même eu une collaboration très pratique entre le Sénégal et la Gambie initiée par les chefs d’État. Les équipes sénégalaises sont allées sur le terrain pour aider à répondre à la crise sanitaire, mais aucune collaboration avec les autres pays n’a réellement été mise en place.

Quels sont les changements les plus urgents à apporter au système de santé au Sénégal (et dans les pays de la sous-région) ? Quelles sont les leçons que vous avez apprises avec cette pandémie ?

Par rapport à cette crise, nous avons appris que le financement de la préparation est extrêmement important. Au Sénégal nous avons eu cette chance d’avoir une préparation, qui si elle n’était pas parfaite, nous a quand même permis de ne pas tâtonner, d’avoir une stratégie élaborée et un plan d’action clair.
Aujourd’hui la préparation aux urgences en Afrique est principalement financée par des partenaires externes et pas par les États eux-mêmes. Selon moi il faudrait que les États pensent à ne pas réagir seulement au moment de la crise, mais investissent réellement dans la préparation avant la crise.

Nous avons également appris à contextualiser notre réponse à la crise sanitaire. L’OMS est un guide qui donne des recommandations, mais en tant qu’acteurs sur le terrain nous avons le devoir d’adapter ces recommandations à nos contextes locaux. Nous ne pouvons pas faire de copier/coller, chaque pays fait face à des réalités différentes et doit en tenir compte dans l’élaboration des plans de réponses à l’urgence sanitaire.

Le dernier point sur lequel j’aimerais voir des changements concerne l’indépendance de nos pays par rapport à l’approvisionnement en produits pharmaceutiques et équipements médicaux.

Au Sénégal l’industrie pharmaceutique est peu développée et nous devons nous efforcer de contribuer à son essor.

On l’a vu pendant cette crise, plusieurs pays ont nationalisé certains produits, comme les masques, le gel hydro-alcoolique, le matériel d’anesthésie, certains produits médicamenteux. Je pense qu’il est important de renforcer l’industrie pharmaceutique et de confectionner certains produits dans nos pays. C’est une question de sécurité nationale. Par exemple, les masques doivent être produits localement. Certains produits médicamenteux doivent être produits localement. Au Sénégal l’industrie pharmaceutique est peu développée et nous devons nous efforcer de contribuer à son essor.

Certains pays ne font pas de la mise en place d’un centre d’opération des urgences sanitaires une priorité. Ils préfèrent concentrer leurs efforts ailleurs comme sur la mortalité infantile, la vaccination ou encore la lutte contre des maladies endémiques comme le paludisme, qu’en pensez-vous?

Les maladies endémiques sont de véritables fardeaux pour les pays africains, ce sont des priorités et ce sont des urgences.

Prenons l’exemple du paludisme ou de la mortalité maternelle et infantile, un COUS a la capacité de se moduler, de s’adapter et de répondre à ses maladies ou événements. Toutes les stratégies mises en œuvre pour gérer l’urgence peuvent être utilisées pour gérer d’autres évènements « non urgents » mais qui continuent d’être un fardeau pour nos pays. Il suffit juste de les considérer comme des urgences. Grâce au COUS nous pouvons proposer des réponses coordonnées, concertées, multisectorielles et multidimensionnelles qui permettent de définir clairement les responsabilités de chacun des acteurs. Aujourd’hui nous sommes en train d’expérimenter cette approche avec le programme national de lutte contre le paludisme et nous espérons également faire une collaboration avec la direction de la santé de la mère et de l’enfant dans le cadre de la lutte contre la mortalité maternelle et infantile. Nous espérons également travailler avec le programme de lutte contre la tuberculose.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre collaboration avec le programme national de lutte contre le paludisme ?

Le programme national de lutte contre le paludisme travaille à l’éradication complète du paludisme au Sénégal. Le programme a cartographié des zones d’élimination où le paludisme est une véritable urgence sanitaire. C’est dans ce cadre que le COUS propose d’implémenter ses stratégies d’interventions rapides pour lutter contre la maladie. Le projet paludisme est un pilote qui durera 3 ans et qui couvre également la Gambie. Nous avons mis en place un système de gestion des incidents, et des salles d’opérations décentralisées qui nous permettent de traiter les informations rapidement et de tenir toutes les réunions nécessaires pour coordonner la réponse. Avec ce projet pilote innovant nous espérons en apprendre plus sur la gestion des maladies endémiques et développer de nouvelles stratégies qui pourront être déployées dans d’autres régions.

Beaucoup se demandent ce que fait le COUS quand on sort du cadre de l’urgence. Je pense que nous pouvons réellement travailler à rendre notre système de santé plus efficace en collaborant avec d’autres programmes de santé publique. Le Laos a déjà travaillé sur un projet similaire et a obtenu de très bons résultats, je suis optimiste quant aux résultats que nous obtiendrons au Sénégal.

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